
Peintures de 2015 à 2020
Acryliques sur toiles de lin brut et cartons , les acrylitions sont des compositions fantastiques développées dans l'étendue du ciel ou des fonds abyssaux. Leurs muses sont d'huitres, d'oursins, de sexes, d'oiseaux écrasés, de poulpes, d'intérieurs de poulets ...
Gallinographies
Les gallinographies figurent des structures issues de l'observation de certains os de poulet : le brechet ou la petite fourche (furcula).
Isolé, retourné, combiné, le brechet devient ange, idole, cathédrale. Les religions doivent beaucoup aux gallinacés, ils viennent à la pointe des clochers, prêtent leurs plumes aux armées célestes, offrent leurs entrailles aux haruspices, leurs têtes aux sacrifices, il sonnent l'heure du jour et celles des reniements, sont vaudous et totems. Splendeur formelle, presque surnaturelle, le brechet est ici muse et métaphore spirituelle.
Furculations
l’expérience furculante
Des os et des pinceaux orangés amalgament lignes et courbes dans l’abîme outremer d’une nuit irréelle. L’aube plane dans la nuit. Les figures s’éveillent. Aux feux secrets des astres invisibles, l’ombre se délite en nuées. les visages s’éclairent d’un premier chant.
En bleu, j’avais peint les Furculae, les os des poulets, des anges et des oiseaux qui attachent leurs ailes et sécrètent des vœux. Je les avais nouées à des vieux pinceaux salis, usés et déplumés. Je les avais mises en boite. Briques crues d’un puissant édifice où les jargons s’emmêlent : Babel ! l’ouvrage se poursuit…
… en peinture. Images hantées de vie, esprits, apparitions. Leurs ailes se profilent dans l’entrelacs des ronces. IIs dessinent un songe ancré à la toile. Ils sourdent de ses mailles teintées, de couches superposées de taches et de traits, d’un fond terre de Sienne mélangé d’outremer, de tracés vermillon croisés d’ocre jaune.
Incertaines et floues, les figures ont pris corps au fil de mises au point successives réglées sur les diaphragmes d’un œil télescopique. Expérience portée d’un chaos indistinct vers un chant surréel : peinture.

Gallinations
Gallination de saint ignace
Saint Ignace est une église de Rome. La coupole qui devait y prendre place n'y fut jamais construite : un ombrageux conflit de voisinage entre jésuites et dominicains annula le projet.
Une peinture la remplaça : une coupole en trompe-l'œil, due à Andrea Pozzo.
Ici la peinture se substitua à l'architecture pour figurer le ciel en ses habits de pierre voûtés en demi-sphère percée d'un luminion.
Là et encore ici, les mêmes substitutions reviennent. Je les connais bien. Elles projettent en peinture d’immatérielles architectures. Comment ne pas se retrouver en cette métaphore ?
Métaphore du regret mais regret d’impossible, aspiration aussi : une coupole de pierre pour figurer le ciel, une peinture pour figurer ce qu’elle aurait figuré.
Et puis,
les vapeurs de l’encens en volute, le mouvement des anges et des chants, l’enroulement serpentaire du sceptre d’Esculape, la gravitation de la terre et du ciel-hémisphère, l’évasion d’une relique dans le plissement gallinatique d’une aube ascensionnelle, l’effervescence ionique de cheveux enroulés sur des œufs qui fleurissent au creux des chapiteaux…

L'Orientale



La clameur de Joseph
Abandonné par ses frères dans le silence du désert, laissé pour mort au fond d’un puits, Joseph, le fils de Jacob, entrevit le ciel comme il ne l’avait jamais vu.
Il connaissait l’immensité lointaine de l’univers, l’infini détachement des nuits criblées de grains de sable, l’étoffe sans rivage des firmaments sans fin.
Il vit un rond disque d’étoiles. Il s’ajustait à son regard comme l’aurait fait un télescope. Aussi aigu que le sommet d’un cône, bien plus petit qu’un trou d’épingle, Joseph ne faisait plus qu’un avec l’immensité du ciel et le ciel tout entier se confondait en lui.
Du plus profond du puits, à l’écho des rochers, la clameur de Joseph retentit dans le lointain des sables jusqu’à une caravane de contrebandiers.
Emporté en Egypte, il fut vendu comme esclave. Mais la lumière brillait en lui. Ses chaines bientôt déliées, il devint le surintendant de Pharaon.
De là son éclat parvint jusqu’à Jacob : il sut que Joseph n’était pas mort au désert, qu’il vivait, qu’il ne faisait plus qu’un avec l’immensité du ciel, que le ciel tout entier se confondait en lui et qu’il pardonnerait à ses frères..




































































































